La signature de l’accord de libre-échange entre l’Union européenne et les pays du Mercosur n’aura pas lieu dans l’immédiat. Sous la pression des manifestations agricoles organisées jeudi à Bruxelles et face à l’absence de consensus entre les États membres, la Commission européenne a acté un report du dossier à janvier.
La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a informé les capitales européennes que l’accord commercial avec l’Argentine, le Brésil, le Paraguay et l’Uruguay ne serait finalement pas signé dans les prochains jours. Un revirement qui intervient alors que la colère du monde agricole s’est exprimée avec force aux abords des institutions européennes.
Un report impulsé par le Brésil
À l’origine de ce délai, le président brésilien Luiz Inácio Lula da Silva. Jeudi, il a ouvert la voie à un report en janvier, évoquant un échange téléphonique avec la cheffe du gouvernement italien Giorgia Meloni. Selon Lula, cette dernière lui aurait demandé « de la patience, une semaine, dix jours, un mois », tout en assurant que l’Italie soutiendrait in fine l’accord.
Le président brésilien a indiqué qu’il soumettrait cette requête aux autres dirigeants du Mercosur afin de trancher collectivement.
Un répit pour la France, un revers pour la Commission
Ce report offre un sursis bienvenu à la France, farouchement opposée à l’accord en l’état. Paris estime que le texte ouvre la porte à une concurrence jugée déloyale, en autorisant l’importation de produits agricoles ne respectant pas les normes environnementales et sanitaires européennes.
« Le compte n’y est pas pour signer cet accord », a répété Emmanuel Macron jeudi.
Aux côtés de la France, l’Italie, la Pologne et la Hongrie étaient prêtes à constituer une minorité de blocage, empêchant la Commission d’obtenir la majorité qualifiée nécessaire à la signature. À l’inverse, l’Allemagne et l’Espagne plaidaient pour une conclusion rapide des négociations, entamées il y a plus de 25 ans.
Ursula von der Leyen espérait initialement parapher l’accord samedi, en marge du sommet du Mercosur à Foz do Iguaçu, au Brésil. Ce calendrier est désormais caduc.
Bruxelles sous tension
Jeudi, des milliers d’agriculteurs européens se sont rassemblés à Bruxelles pour dénoncer l’accord Mercosur, mais aussi la réforme de la Politique agricole commune (PAC) et la hausse des coûts de production, notamment des engrais.
Selon la police bruxelloise, 7.300 manifestants et une cinquantaine de tracteurs ont participé à la manifestation autorisée. En parallèle, près de 950 tracteurs supplémentaires ont convergé vers le quartier européen, provoquant d’importantes perturbations.
La mobilisation a parfois dégénéré : feux de pneus, jets de projectiles et de pommes de terre, auxquels les forces de l’ordre ont répondu par des canons à eau et des tirs de gaz lacrymogènes. Plusieurs vitrines ont été brisées à proximité des institutions européennes.
« Une concurrence déloyale »
Sur le terrain, la colère est vive. Les agriculteurs dénoncent l’importation potentielle de viande, sucre, riz, miel ou soja sud-américains, produits selon eux avec des substances interdites en Europe.
« C’est de la concurrence déloyale », s’indignait Florence Pellissier, agricultrice française en Seine-et-Marne. « On nous impose des règles strictes, pendant qu’on importe des produits qui ne les respectent pas. »
Même discours du côté belge. « Ursula von der Leyen veut passer en force », dénonçait Maxime Mabille, producteur laitier.
La présidente de la Commission a rencontré une délégation d’agriculteurs dans la matinée et tenté d’apaiser les tensions. « L’Europe sera toujours derrière vous », a-t-elle assuré dans un message publié sur X.
Une colère multiforme
La Copa-Cogeca, principal lobby agricole européen, revendique près de 10.000 manifestants venus de plusieurs pays, dont de nombreux Français. Parmi les slogans brandis : « Notre fin = votre faim ».
Au-delà du Mercosur, les agriculteurs pointent une accumulation de difficultés : réforme jugée floue de la PAC, pression réglementaire croissante, et, en France, la gestion contestée de l’épizootie de dermatose nodulaire contagieuse (DNC), qui alimente encore davantage le mécontentement.
Si le report de l’accord UE–Mercosur constitue une victoire symbolique pour le monde agricole, il ne s’agit que d’un répit. Le débat, lui, est loin d’être clos.
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