Un lourd tribut payé à cause des maladies chroniques
Au Luxembourg, les maladies chroniques ne sont plus une exception : elles sont devenues la norme. Cancers, maladies cardiovasculaires, diabète, obésité, troubles respiratoires, dépression ou encore démence représentent aujourd’hui plus de quatre cinquièmes de la charge globale de morbidité dans le pays. Un chiffre qui interpelle et qui place la prévention au cœur du débat de santé publique.
Ces pathologies ne surgissent pas par hasard. Elles sont, pour une large part, liées à des habitudes de vie modifiables. Le tabagisme, la consommation excessive d’alcool, une alimentation déséquilibrée et le manque d’activité physique constituent les principaux facteurs de risque identifiés. Autrement dit, une grande partie de ces maladies pourrait être évitée.
Des comportements à risque socialement marqués
Autre constat préoccupant : les comportements nocifs pour la santé ne touchent pas tous les groupes sociaux de la même manière. Les personnes ayant un niveau d’éducation plus faible sont davantage exposées au tabac, à l’alcool et à une alimentation de moindre qualité.
Cette réalité creuse les inégalités sociales de santé, avec un impact durable sur l’espérance de vie, la qualité de vie et les dépenses publiques. La prévention ne se limite donc pas à un enjeu médical : elle est aussi sociale, économique et politique.
Le prix, un levier sous-estimé mais redoutablement efficace
Parmi toutes les stratégies de prévention existantes, une se démarque clairement : l’augmentation des prix du tabac et de l’alcool. Les données internationales sont formelles : lorsque les prix augmentent, la consommation baisse. Et cette baisse se traduit rapidement par une diminution des maladies chroniques.
Pourtant, au Luxembourg, le tabac reste nettement moins cher que dans les pays voisins. Cette politique tarifaire attire les achats transfrontaliers et génère des recettes fiscales considérables, plus d’un milliard d’euros par an, mais elle pose un sérieux problème de cohérence en matière de santé publique.
Un bénéfice sanitaire rapide et mesurable
Contrairement à certaines idées reçues, les effets d’une hausse des prix ne se font pas attendre. Les experts estiment que les bénéfices sur la santé pourraient apparaître en quelques années seulement, voire plus tôt pour certains indicateurs.
Moins de fumeurs signifie moins de cancers, moins de maladies cardiovasculaires et moins de pathologies respiratoires chroniques. L’impact serait d’autant plus fort que l’augmentation serait significative. Une mesure simple, mais à l’efficacité démontrée.
L’alcool, encore trop accessible au Luxembourg
Le constat est similaire pour l’alcool. Malgré les recommandations internationales, le Luxembourg n’a pas mis en place de politiques tarifaires suffisamment dissuasives. Résultat : l’alcool reste facilement accessible, tant en termes de prix que de disponibilité.
À cela s’ajoute un élément différenciant par rapport au tabac : la publicité et la promotion de l’alcool sont toujours autorisées, contribuant à banaliser sa consommation. Or, l’alcool est directement impliqué dans de nombreuses maladies chroniques, accidents et troubles mentaux.
Prévention ou dépendance fiscale : un choix de société
Le dilemme est clair : continuer à dépendre financièrement des ventes de tabac et d’alcool, ou investir pleinement dans la prévention pour réduire les coûts humains et sanitaires à long terme.
De plus en plus d’experts plaident pour une diversification des recettes fiscales, par exemple via des taxes sur les produits sucrés ou ultra-transformés. Une approche qui permettrait de réduire la dépendance aux produits nocifs tout en favorisant des comportements plus sains.
Un tournant décisif à ne pas manquer
Le Luxembourg dispose de moyens financiers importants et d’un système de santé performant. Mais sans une politique de prévention ambitieuse, le poids des maladies chroniques continuera d’augmenter.
Augmenter le prix du tabac et de l’alcool n’est pas une mesure punitive. C’est un outil de santé publique, efficace, rapide et équitable, qui protège en priorité les populations les plus vulnérables.
La question n’est donc plus de savoir si cette mesure fonctionne, mais quand et jusqu’où le pays est prêt à aller pour préserver la santé de sa population.
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