Trente ans après les faits, la commune de Lobbes officialise la demande de permis pour ériger un mémorial sur le site de l’ancienne “maison de l’horreur”
Le jeudi 19 février 2026 marque un tournant symbolique et administratif dans un dossier chargé d’émotion. La commune de Lobbes a officiellement introduit la demande de permis d’urbanisme en vue de la construction d’un mémorial à Sars-la-Buissière. Les plans sont finalisés, les cahiers des charges rédigés et signés, et le dossier transmis aux autorités compétentes. Dès l’obtention d’un avis favorable, les travaux pourraient débuter rapidement.
Le site concerné est celui où les corps de Julie Lejeune et Mélissa Russo avaient été retrouvés en 1996, après avoir été enlevées, séquestrées et laissées sans assistance par Marc Dutroux et son épouse Michelle Martin. La maison, devenue au fil des années un lieu de recueillement autant que de douleur, a été totalement démolie en 2023 afin d’éviter toute forme de pèlerinage malsain et de permettre une requalification mémorielle du site.
Un projet relancé après un refus de subside
Un premier projet avait été évoqué sous la précédente mandature communale. Toutefois, le dossier introduit tardivement avait conduit à un refus de subvention régionale. Cette fois, l’exécutif local affirme avoir anticipé les échéances administratives. Des discussions sont actuellement menées avec la ministre régionale compétente, Madame Dalcq, afin d’obtenir un soutien financier.
La commune avait déjà inscrit un budget de 200 000 euros pour sécuriser et préparer le terrain. Si le coût global définitif du mémorial n’est pas encore arrêté, les autorités estiment disposer d’une base budgétaire suffisante pour lancer les travaux dès réception du permis. L’objectif affiché par le bourgmestre Steven Roeyez est une inauguration dans le courant de l’année 2026.
Un mémorial sobre, conçu avec les familles
Le projet architectural a été confié à la société IGRETEC et élaboré en concertation étroite avec les parents des victimes. Selon les premières indications, l’approche se veut sobre et respectueuse. Les prénoms des victimes devraient apparaître de manière discrète, afin de privilégier un espace de recueillement plutôt qu’un monument ostentatoire.
Ce travail de mémoire s’inscrit dans une dynamique plus large engagée depuis plusieurs années en Belgique. À Marcinelle, l’ancienne habitation liée à l’affaire a été démolie en 2022 et remplacée par un lieu commémoratif. À Jumet, un monument a également pris la place de l’immeuble où les restes de An Marchal et Eefje Lambrecks avaient été découverts.
L’affaire Dutroux avait bouleversé le pays à la fin des années 1990. Outre Julie et Mélissa, Sabine Dardenne et Laetitia Delhez avaient été retrouvées vivantes après leur enlèvement, tandis que plusieurs autres jeunes filles avaient perdu la vie. En 1998, l’association Child Focus avait vu le jour à l’initiative du père de Julie, afin de renforcer la lutte contre les disparitions et l’exploitation des mineurs.
Un devoir de mémoire durable
Avec ce mémorial à Sars-la-Buissière, la commune de Lobbes entend transformer un lieu associé à l’horreur en espace de mémoire apaisé. Au-delà de l’acte administratif, c’est un geste symbolique fort qui vise à inscrire durablement le souvenir des victimes dans l’espace public, tout en respectant la dignité des familles
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